Je n’étais plus dans un haras mais dans de magnifiques écuries où j’avais mon box à moi toute seule. J’étais bichonnée, bien nourrie, avec picotin et carottes que les deux bipèdes qui s’occupaient de nous plaisantaient.

Allez mange ma fille, ça donne les fesses roses. Mais qu’est-ce qu’elles ont mes fesses à la fin ?

Un jour brouillardeux on nous embarqua dans le van et on nous lâcha dans un pré pentu avec vue sur la Loire. La vue devait être superbe quand le brouillard sera levé et la pente sera source de jeux, de cavalcades.

Mais ce qui me frappa et me fit battre le cœur c’est ce que j’apercevais  à l’est du pré. Il y avait une haie constellée de forshitias.

Je ne pus m’empêcher d’approcher et de regarder au dessus de la haie odorante. Dans le brouillard en train de s’éclaircir il y avait une masse noire qui, aussitôt releva la tête. Ses yeux brillants comme des phares d’automobile foncèrent vers moi, cornes en avant, qui déchirèrent la haie, la troua de sa masse pour poursuivre sa course vers la barrière ouverte  par les bipèdes arrivés avec leur van où hennissent énervés les chevaux impatients.

Je galopais derrière lui, à côté de lui et nous passâmes la barrière, traversâmes le chemin de terre pour nous enfoncer dans le bois qui jouxte le pré. On couru au travers des arbres sans bien faire attention à mes crins qui restaient accrochés au feuilles tremblantes ou embarquées par les cornes de mon monstre noir que je commençais à adorer.

On s’arrêta dans un sous bois à l’odeur musquée, haletant, lui soufflant des vapeurs par ses naseaux dilatés. J’étais en sueur, mouillée partout. Je fis quelques pas en arrière et nous nous regardâmes longuement.

Vous lui demanderez ce qu’il pensait, là à l’instant mais moi je scrutais cette masse poilue, aux cornes immenses, aux yeux dilatés, aux naseaux fumants, là, bien appuyé sur ses quatre pattes légèrement écartées. Il tremblait, frissonnait et les gouttes de sueur giclaient de sa toison.